lundi 14 janvier 2008

Courriel aux gens de P45

J’ai bien aimé P45 dès ses débuts (à l’époque de l’imprimé).

J’aime encore jeter un coup d’œil sur la version web.

Tout ça, même si Langelier et ses apparitions dans les médias mainstream m’ont toujours fait douter du côté « indépendant » de l’entreprise P45.

Mais aujourd’hui, j’écoutais d’une oreille distraite madame Charrette. Et il s’avère qu’une de vos collaboratrices (madame Beaucage, je crois) est recherchiste ou quelque chose du genre chez la fille à Raymond…

Et la madame en question ploguait à tour de bras Fricot Machine ou je ne sais plus trop quoi à tour de bras, comme la dernière des groupies.

So much pour l’indépendance.

J’ai compris l’astuce : certains, chez P45, avec la complicité du mainstream, pratiquent une forme de convergence qui a déjà un nom : la publicité virale.

Pour le meilleur et le pire, passéiste et nostalgique comme je suis, j’ai toujours préféré au P45

(fabriqué par l’excellent manufacturier Kahr Arms)


le bon vieux Walther P38


Sérieusement : je crois qu’il y aurait peut-être quelque chose de « synergique » à faire avec P45, Bang Bang et quelques (trop rares) autres.

Peut-être même relancer TQS ?

mercredi 19 décembre 2007

Exception ou diversité culturelle?

Pour ne pas "prendre les WiFi pour des antennes", comme ils disent.

De toute manière, l'Observatoire du communautarisme vaut le détour...

http://www.communautarisme.net/La-diversite-culturelle-est-une-arme_a980.html?PHPSESSID=ff3cde2bb16c9fb9a1d181b1a40a725a


Les Croque-mitaines et les Dalton en commision parlementaire

http://www.assnat.qc.ca/fra/38Legislature1/DEBATS/epreuve/cat/071107/1000.htm

Suivez le lien pour le témoignage de Solange Drouin et de Jacques Primeau devant la commission de l’Aménagement du territoire (consultation sur le projet de loi 22). Ils sont suivis par l’inénarrable Charles-Mathieu Brunelle et la passablement efficace Anne-Marie Jean pour Kultur Montréal. Si le canal TV de l’Assemblée nationale présente le témoignage de Charles-Mathieu en reprise, ne le manquez pas : ça devrait gagner un prix au prochain gala des Olivier ! À tout le moins, faudrait que quelqu’un mette ça sur YouTube !

Il y a aussi

http://www.assnat.qc.ca/fra/38Legislature1/DEBATS/epreuve/cat/071108/1130.htm

pour la comparution de la « future mairesse » (je dirais plutôt, future ministre du Pétri-moine dans un futur gouvernement Harper… ou membre d’un gouvernement Super-Mario), Isabelle Hudon, grande amie de la culture. Avec des amis comme ça…

Comme chantait Mme Bolduc, « hourra pour la pitou-oune ! »

jeudi 11 octobre 2007

UN PEU DE TECHNIQUE

I used to be technical, now I'm just clinical…

On vous l'avait dit : on parlerait ici de technique.

Donc… parlons un peu de son et de sonorisation.

Sujet complexe et parfaitement fascinant.
On connaît les sujets de discussion communs : Le « son » est-il trop fort ? Pas assez fort ? « Naturel » ? « Trafiqué » ? « Bon » ? « Mauvais » ?...

On ne parlera pas (pour l'instant) « du son » : cette discussion relève du domaine de la physique ou de la philosophie des sciences.

Notre propos se limitera pour le moment à diverses questions reliées à la perception de certains phénomènes sonores et à certaines applications des techniques psycho-acoustiques, notamment dans l'industrie du spectacle.

Mais… les textes à ce sujet ne sont pas encore prêts. RENDEZ-VOUS BIENTÔT ICI !

En attendant, nombreux sont ceux et celles qui « pratiquent les métiers du son » et qui se demandent pourquoi ceci ou cela fonctionne ou non.

Donc, sans attendre, voici quelques références et outils qui ne coûtent rien et qui devraient aider :

  1. Lien vers la section Technical Library de JBL. Tout est utile, mais il faut télécharger les deux parties du Sound System Design Manual. Cette version (1999) n'est pas la même que celle qui est entre les mains des « distributeurs » et « contracteurs » agréés aujourd'hui par JBL, mais ça vaut vraiment le détour. D'autant plus que la chose avait été écrite par (feu) John Eargle, un des « vrais de vrais ».

  2. Suivez le lien et vous pourrez télécharger le gratuiciel Spectrum Lab. Il faut bidouiller un peu (le logiciel a été d'abord conçu pour la radio amateur)… mais on peut l'utiliser avec à peu n'importe quel ensemble PC/carte de son pour analyser/diagnostiquer, non seulement les systèmes audio, mais aussi l'acoustique des salles, studios, etc. Les auteurs le signalent : le tout est « highly experimental »… mais, comme disaient mes vieilles tantes à propos de leur sherry préféré, on voit pas comment on pourrait s'en passer.

Exemples ? Pourquoi CIBL « sonne » plus ou moins bien que CKUT ou que Radio-Canada ? Pourquoi le football ou le baseball « sonne » plus ou moins bien à RDS ou à TSN ? Branchez le signal audio dans une carte son, ouvrez Spectrum Lab… et tout devient assez clair merci !

Bang Bang, Pag Pag...

Courriel expédié à la rédaction de Bang Bang

Je ne le dis pas assez, mais je suis un lecteur assidu de Bang Bang.

Je dis souvent à ceux et celles qui parlent, trop souvent à tort et à travers, de la « relève », de lire Bang Bang, de prendre le temps de regarder Baromètre et ensuite de tourner leur langue sept fois en récitant les lyrics de Saint-Panache avant de penser à parler… mais ça, c’est une autre histoire.

Dans le dernier numéro que j’ai eu entre les mains (by the way, je le ramasse au Métro « en-dessous du pont Jacques-Cartier »), il y a un quelque chose à propos de Pag (ça me rappelle toujours l’époque, au début des années 70, où mon voisin de palier était le drummer du Pag —on allait même parfois regarder Jeunesse d’aujourd’hui chez Pag à l’île-des-Sœurs.

Je me souviens aussi d’une veille de 24 juin, alors qu’une compagnie de boissons commanditait une soirée à l’angle de Berri et Ontario. La scène était installée « en bas de la côte » et le viaduc servait de backstage. Le lendemain, ça allait être le grand spectacle de la Fête nationale (à l’île Sainte-Hélène cette année-là, je crois), mettant en vedette Paul Piché. La soirée était pas mal hot : imaginons la rue Berri noire de monde entre de Maisonneuve et Ontario, avec débordement sur ce qui était l e stationnement du terminus d’autobus et sur ce qui n’était pas encore les jardins de la Bibliothèque national. Assez tard, Flynn est en scène et finit son set (donné en petite formation, max en quatuor, avec Légaré à la basse et Herbie au drum, si je me souviens bien… le reste est vague). Pierre, derrière le piano, hurle une excellente Maudite machine pour une foule qui se fait plus qu’attentive, même respectueuse. C’est le délire, pur, absolu, indiscutable.

La scène est dégagée rapidement. Pag, DeVilliers et un ou deux autres se branchent vite fait… Et l’hymne national (J’entends frapper) résonne comme la proverbiale tonne de briques. Après la Machine, personne ne se trompe sur ce que tout ça « peut et veut » dire.

Meanwhile, backstage, Piché, qui était venu « prendre le pouls » du public avant le show du lendemain, accoudé sur une clôture Mills, se tenait la tête entre les mains pendant que la multitude scandait J’entends-Frap-per, et disait quelque chose comme « J’peux pas l’croire… ».

Le reste du set de Pag and the gang a été à la hauteur (Il tombe des bombes et le reste…).

Tout ça pour dire : malgré ses défauts (certains diraient même ses tares), jusqu’à nouvel ordre, Pag rules et j’aime bien quand on en parle gentiment.

Mais… Pag n’a pas traduit My Way pour en faire Comme d’habitude.

Comme d’habitude est une composition originale (1968) de Claude François avec paroles de Gilles Thibaut. Paul Anka (le petit gars d’Ottawa), qui avait acquis les droits d’en faire une « version américaine », accoucha des paroles et du titre « My Way ». Arrangée par Don Costa, la chanson fut enregistrée par Sinatra… and the rest is history.

Oui, Pag en a fait une fort bonne chose… mais il n’a pas traduit My Way. Comme aurait pu dire Frank (et comme René Angelil doit se le rappeler tous les soirs), « il faut rendre à Caesars Palace ce qui est à Caesars Palace ».

mardi 9 octobre 2007

MALCOLM IN THE MUDDLE — courriel envoyé à M. Richard Martineau

Y’a des fois où il faut quand même écrire…

Dans la chronique de ce matin (La loi blanche), vous mentionnez les « Black Panthers, le célèbre groupe de militants afro-américains dont faisait partie Malcolm X ».

Malcolm X fut assassiné, comme on le sait (ou comme on devrait le savoir) en 1965 (en février, si je me souviens bien).

Quant au Black Panther Party for Self-Defense, (le « BPP », comme ses membres disaient souvent) il fut fondé en octobre 1966.

Donc, il est fort peu probable que Malcolm ait été membre du BPP, même si le BPP se réclamait sans cesse de lui et se référait constamment à ses écrits et discours.

La veuve de Malcolm, Betty Shabazz, a participé à certaines activités du BPP à la fin des années 60. Mais, si je me souviens bien, c’était surtout comme « célébrité » : les gens du BPP avaient en effet l’habitude de désigner bien des gens comme des « honorables » (comme Stokely Carmichael, qu’ils appelaient leur « honorary prime minister »).

Le BPP a été beaucoup de choses… et surtout un symbole. Certains « panthers » étaient, je crois, comme tant d’autres, assez honnêtement et désespérément à la recherche d’une voie qui leur aurait permis de poursuivre ce que Malcolm X avait entrepris ou symbolisé (je crois que c’était le cas, entre autres, de MasaÏ Hewitt, de Zayd Shakur et de quelques autres que j’ai assez connus pour me former une opinion à ce propos).

Il y a aussi eu des « cellules Black Panthers » qui étaient tout « purement » et simplement des « opérations » du FBI ou d’autres services policiers. C’était probablement le cas de la « cellule de Dallas » à laquelle certains felquistes avaient rendu visite à la veille des événements d’octobre.

Pour le reste, il semble certain que plusieurs membres du « chapitre fondateur » d’Oakland participaient, tout en mettant sur pied divers projets communautaires comme les « breakfast programs », à diverses activités dites criminelles. Pour ceux qui voudraient en savoir plus sur le sujet, on ne saurait trop recommander la lecture de Bad : The Autobiography of James Carr (George Jackson avait dit de Carr : « Jimmy was the baddest motherfucker »). Carr en dit aussi pas mal long sur et aussi sur les dérives staliniennes du BPP. On y reconnaît d’ailleurs diverses dérives qui ont aussi affecté d’autres « mouvements de gauche », comme pourraient en témoigner, s’ils le voulaient, plusieurs personnages bien en vue et dont plusieurs de proclament « lucides ». À mon avis, ce petit livre est tout aussi must read que The Autobiography of Malcolm X (un de mes amis —blanc et Canadian, mais tout de même— grand maître de guitare jazz avait l’habitude de refuser d’enseigner quoi que ce soit à un élève qui n’avait pas lu le livre).

Bon… le lien avec le bling-bling, le commerce de la drogue et le reste ? Je ne sais pas, mais…

Malcolm, avant sa « conversion » à l’islam, était un important pusher (notamment pour divers jazz bands et non pas des moindres). Il ne s’en est jamais caché, mais il a toujours dénoncé ce type de criminalité (et, en général, tout ce que, sur un autre registre, Chester Himes et d’autres auteurs noirs, dénonçaient tout en l’illustrant).

Il n’y a pas que « bitch » et « hoe » dans le discours des rappeurs. Il y a aussi ce que disent (ou essaient de dire) les Public Enemy, ou ce que disaient les défunts Notorious B.I.G. et 2Pac Shakur (tiens, c’était le neveu de Zayd, lui-même décédé dans les circonstances dont certains se souviennent… ).

Pour ce qui est des gangs de rue, on peut lire avec intérêt (à cause de la recherche, qui révèle en quelques images asse frappantes merci le « modèle d’affaires » de ces entreprises et l’ampleur de l’aire géographique de leurs empires) et plaisir (à cause de la qualité de l’écriture) Tishomingo Blues d’Elmore Leonard. Et à bien (ou mal) y penser, il y aussi Hard Revolution de Pelecanos pour ne pas oublier le lien entre tout cela et les émeutes dites raciales de jadis.

Bon, on va mettre en ligne sur le playlist de ce soir Attica Blues de Shepp, Black Day in July de Lightfoot et pas mal de Prince, 2Pac, Mingus et Wu-Tang sur le shuffle-play.

jeudi 4 octobre 2007

COMMENT L’INDÉPENDANCE DU QUÉBEC NE S’EST PAS FAITE

Conditions objectives et conditions gagnantes

Entre 1970 et 1980, un certain nombre de « conditions objectives » (notamment au plan de la démographie) auraient pu permettre de réaliser l'indépendance du Québec. Il y avait là une « fenêtre d'opportunité », comme disent les opportunistes. Mais des « conditions objectives » ne sont pas nécessairement des « conditions gagnantes » : les autres conditions, et notamment les conditions politiques, n'étaient pas au rendez-vous, comme l'histoire en témoigne.

Par-dessus tout, les gens qui avaient été élus pour faire l'indépendance n'y croyaient pas ou n'en voulaient pas. Ils (et elles) n'ont jamais pris les mesures nécessaires pour la faire.

It's a time I remember oh so well..

Pour comprendre un peu les origines de la chose, il faut se reporter au début de 1969, à l'époque de l'« Opération McGill français ». Cette manifestation (qui allait « mettre dans la rue » plus de 10 000 personnes malgré, comme nous allons le voir, un climat de panique et de peur savamment orchestré par tous les partisans du statu quo) portait une revendication toute simple : la transformation de l'université McGill en université francophone et « populaire ».

Dans les semaines précédant la manifestation, l'administration montréalaise, avec l'appui des « gouvernements supérieurs », avait créé un climat d'affrontement en multipliant les provocations, en procédant à des perquisitions « musclées » dans tous les milieux proches de l'organisation, en saisissant le matériel publicitaire relié à la manifestation et en détenant illégalement certains des organisateurs. Néanmoins, tout indiquait que beaucoup, beaucoup de gens avaient la ferme intention de participer à la manifestation.

À l'avant-dernière minute, n'écoutant que leur courage, certains intrépides leaders étudiants de l'automne 1968, dont monsieur Pierre-Paul Roy, madame Louise Harel et monsieur Claude Charron, de concert avec le vénérable Michel Chartrand , se dissocièrent bravement de toute l'affaire, dénoncèrent les organisateurs de la manifestation et supplièrent les gens de rester chez eux.

La position du tireur couché et ses limites

Dès cette époque, ces gens-là, qui allaient devenir des piliers du Parti québécois, avaient montré comment ils croyaient (et croient toujours) qu'on peut faire changer les choses : en se terrant à la maison quand les choses se corsent .

On aurait dû y penser avant : pour qu'il y ait du véritable changement, l'astuce est de ne rien faire et surtout d'encourager les autres à ne rien faire ; quelle stratégie merveilleuse et innovatrice ! Machiavel, Jomini, Sun Tsu et Clausewitz pouvaient aller se rhabiller ! C'est Snoopy qui a raison : il suffit d'imaginer qu'on se bat contre le Red Baron pour gagner la guerre.

L'astuce suprême de ces gens, dont certains s'affichent aujourd'hui comme des « francs-tireurs », c'est le fin du fin : adopter la position du tireur couché… mais sans fusil ! Ça et la cage à homards à monsieur Parizeau, c'est full winner !

Michel C., d.s.c. (démobilisateur sous contrat)

Évidemment, dans le cas de monsieur Chartrand, on ne pouvait pas vraiment s'attendre à autre chose : il avait déjà démontré à quel point il était le maître incontesté de la démobilisation ronflante. Certains se souvenaient (et se souviennent peut-être encore) comment madame Harel et monsieur Charron, alors dirigeants de l'Union générale des étudiants du Québec, dépassés par le mouvement des occupations, avaient fait appel aux bons offices de Chartrand, inattaquable et irréprochable sous sa chemise rouge, pour les aider à démobiliser les étudiants à l'automne 1968.

On ne saura probablement jamais dans quelle mesure monsieur Chartrand rendait une fois de plus de signalés services à certains de ses anciens comparses de l'époque de la grève de l'amiante, comme Jean Drapeau et Pierre Trudeau qui étaient devenus respectivement maire de Montréal et premier ministre du Canada.

Il ne fallait pas non plus se surprendre de la pleutrerie de madame Harel, de monsieur Charron et de plusieurs autres : ils ne faisaient que continuer une tradition bien établie parmi les « leaders étudiants » québécois. Ils avaient de qui tenir, comme on va le voir.

Le cas Landry

En 1968-1969, le jeune Bernard Landry, bright boy parmi les bright boys et lui-même ex-leader étudiant, travaillait comme « conseiller spécial » auprès du ministre de l'Éducation. Pendant la vague d'occupations et de grèves étudiantes de 1968 et 1969, Landry jouait à toutes fins pratiques le rôle d'un super-indicateur de police ; son boulot était d'identifier les « points chauds » et d'aider à « cibler » les interventions policières . Quel édifiant dévouement à « la cause » de la démocratie, de l'indépendance et du socialisme !

Des années avant monsieur Claude Morin, Bernard Landry avait compris que la meilleure façon de favoriser le développement d'un mouvement, c'est de collaborer activement avec la police chargée de le réprimer ! Des années d'études dans les « grandes écoles » pour en arriver à ce merveilleux raisonnement ! Dire qu'il y s'est trouvé des gens pour croire qu'on ferait l'indépendance du Québec avec une pareille bande de pleutres et de stools aux commandes du navire !

Comme disait le bonhomme…

Marx, dressant le bilan de la Commune de Paris, avait fait le triste constat suivant : « Dans toute révolution, il se glisse, à côté de ses représentants véritables, des hommes d'une toute autre trempe ; quelques-uns sont des survivants des révolutions passées dont ils gardent le culte ; ne comprenant pas le mouvement présent, ils possèdent une grande influence sur le peuple par leur honnêteté et leur courage reconnus, ou par la simple force de la tradition ; d'autres sont de simples braillards, qui, à force de répéter depuis des années le même chapelet de déclamations stéréotypées contre le gouvernement du jour se sont fait passer pour des révolutionnaires de la plus belle eau. [...] Dans la mesure de leur pouvoir ils gênèrent l'action réelle […] tout comme ils ont gêné le plein développement de toute révolution antérieure. » Voilà le véritable rôle qu'ont joué les tristes sires et les tristes dames dont nous venons d'évoquer certaines des bassesses.

Corneille (Pierre, pas l'autre), plus concis, se serait contenté de dire : « Ô rage ! Ô désespoir ! »

On a la mafia qu'on mérite

En 1970, à la veille des « événements d'octobre », on pouvait lire sur les murs de la toute nouvelle Université du Québec à Montréal un graffiti qui disait, « Le FLQ, c'est le bras armé du PQ, comme la mafia pour les vieux partis ». Évidemment, c'était bien avant que le PQ ne prenne le pouvoir. Pour le meilleur et pour le pire, et contrairement à ce qu'écrivait l'auteur de ce graffiti, le PQ a été un parti désarmé à tous les points de vue. Là où les libéraux et la défunte Union nationale avaient des vrais mafieux (des made-men, des mafieux full-patch, comme on dira plus tard) pour les épauler, le PQ s'est contenté de simili-mafieux et de sous-Béria.

Revenons à notre propos

Le constat s'impose : l'indépendance ne s'est pas faite, en grande partie, parce que la majorité des « séparatistes », des « indépendantistes » et des « souverainistes » n'ont jamais voulu prendre les moyens nécessaires pour la faire. La chose est particulièrement évidente quand on considère leur attitude envers les provocations et les infiltrations de toute sorte.

S'ils ont été manipulés par toutes les agences et services de renseignement et de provocation politique d'Amérique, de France, de Navarre et d'ailleurs (on se rendra bien un jour à l'évidence : les opérations policières connues, comme les « cas » Claude Morin ou Carole Deveault n'étaient que la pointe d'un formidable iceberg), c'est parce que, au fond, ils l'ont bien voulu.

(Not) Watching the Detectives

Certes, les partis marginaux des « débuts », comme le Rassemblement pour l'indépendance nationale (RIN), le Rassemblement national (RN) et le jeune Parti québécois pouvaient plaider le manque de moyens pour excuser leurs lacunes terribles et leur naïveté en matière de « sécurité ». Mais l'excuse ne valait pas pour un parti qui, comme le Parti québécois, avait réussi à former un gouvernement plutôt solide et qui aurait dû par conséquent « contrôler les leviers de l'État ».

Les gouvernements de Lévesque, de Pierre-Marc Johnson, de Parizeau et de Landry auraient pu créer, au sein de la Sûreté du Québec (ou ailleurs dans l'appareil : je ne suis pas un spécialiste en la matière) un service de renseignement chargé de contrer les manœuvres de manipulation, d'infiltration et de provocation comme celles de Morin et de tant d'autres.

Ce service (voire un ou plusieurs autres services du genre : on sait l'importance, en ce domaine, de diviser les limiers pour brouiller leurs pistes ) aurait aussi pu travailler de façon « proactive » à déstabiliser et à discréditer les agents canadiens et autres qui, de leur côté, faisaient tout pour déstabiliser et discréditer le gouvernement du Québec.

C'est ce que tout gouvernement sensé et véritablement responsable aurait dû et devrait, le cas échéant, faire. Pas gentil ? Sans doute. Odieux ? Dans bien des cas, oui. Salissant ? Toujours. Mais c'est ça qui s'appelle « protéger l'intégrité de l'État »… dans la mesure où on croit à un État québécois.

C'est ce que les péquistes, une fois « arrivés au pouvoir », ont obstinément refusé de faire, même lorsque confrontés à l'évidence de la perversité absolue des façons de faire des services fédéraux . Ils ont laissé en place les systèmes échafaudés par les gouvernements précédents. Ils ont maintenu en poste (et en postes) toute la racaille qui, à divers échelons de l'appareil policier québécois, travaillait (et travaille toujours) avec ses complices de Bytown et d'ailleurs, non seulement contre l'indépendance du Québec, mais contre le gouvernement du Québec, quelle que soit la couleur ou l'orientation de ce gouvernement.

Enquêtez, enquêtez.. il restera toujours quelque chose

Incroyable mais vrai, même après l'enquête Keable, même après l'affaire Morin, il n'y a pas eu de réforme de l'aile politique de la Sûreté du Québec ! Comme on fait son lit, on se couche… La Sûreté du Québec et ses services de renseignement protègent toujours la province de Québec contre elle-même, autrement dit, contre ses velléités « séparatistes » et « communistes » : les héritiers d'Hilaire Beauregard sont peut-être un moins mal éduqués et un peu moins corrompus que leurs prédécesseurs, mais leur mission demeure la même. Duplessis, au moins, contrôlait la « police provinciale » de son temps : elle pouvait espionner tout le monde, sauf l'Union nationale. Aujourd'hui, la police politique du gouvernement québécois échappe au contrôle de ce dernier : elle se rapporte et obéit aux gens de Bytown. Cette police provinciale croit toujours, comme au temps de Duplessis et de Drapeau, que tout ce qui bouge, à défaut d'être obscène, est suspect. Et rien ne porte à croire qu'aucun gouvernement québécois lui ait jamais donné d'autre mandat.

Un immobilisme en cache un autre

Comme disait Machiavel dans sa sagesse, « enlever à Rome les semences de troubles, c'était aussi lui ravir les germes de sa puissance . ». C'est ainsi qu'on affaiblit et qu'on dilue ce que le Québec pourrait devenir : ce n'est pas l'État qu'on protège, c'est le statu quo. Nos sociétés souffrent en effet d'un certain « immobilisme ». Mais il ne s'agit pas de l'immobilisme dont certains bien-pensants accusent les quelque centaines de manifestants de la « société civile » qui descendent dans la rue quelques fois par année pour protester plus ou moins mollement contre tel ou tel projet de saccage appréhendé des quelques lambeaux d'« environnement » qui restent. Non, le véritable immobilisme, c'est celui qui repose sur le contrôle policier exercé sur la sphère politique au nom de « Sa Majesté du chef du Canada représentée par son ministre… », comme ils disent dans les textes officiels.

« On sait pas ce qui se passe, mais on a le contrôle ! »

Les gens qui, au fil des ans, ont contrôlé le Parti québécois étaient d'abord et avant tout soucieux, comme les potentats de l'Union nationale et du Parti libéral avant eux, de rassurer « les Anglais », « la haute finance », « les Américains » et, en général, tous ces gens qui les fascinaient et qui incarnaient « le vrai pouvoir » à leurs pauvres yeux de journalistes, de professeurs d'université, de médecins, d'avocats ou de notaires d'envergure relativement modeste. L'obtention d'un satisfecit de la part des « milieux financiers »était chez eux une véritable obsession. C'est ainsi que la capitulation du Québec, entamée mais non consommée au lendemain de la bataille des Plaines d'Abraham et du retrait des troupes françaises de la vallée du Saint-Laurent, allait devenir totale. Certains ministres et députés bien intentionnés du premier gouvernement Lévesque se ruinaient la santé à force de faire la navette entre Québec, Montréal et New York (souvent à des heures impossibles et en utilisant, dit-on, leur voiture personnelle !) dans le but de « calmer Wall Street ». Pourquoi faire autrement ? Au lendemain de la « crise d'octobre », les « deux Pierre » (Bourgault et Vallières) n'avaient-ils pas rivalisé d'ardeur pour dénoncer, à l'instar de René Lévesque, de Claude Ryan et des autres, toute forme de violence ? On venait de donner le ton de toute la démarche indépendantiste des années à venir.

Hélas, trois fois hélas ! On ne peut pas faire deux choses à la fois : déployer une stratégie visant à faire pression sur les fédéralistes et leurs amis pour qu'ils finissent par lâcher prise et en même temps leur dire qu'au fond on ne leur en veut pas et qu'on est prêt à tout faire pour leur plaire. Traumatisés par le souvenir de la crise d'octobre, manipulés de tous les côtés et soucieux d'être « un bon gouvernement », les péquistes n'ont jamais osé ne fût-ce que songer à faire ce qui aurait rapidement amené Bytown, Bay Street, Wall Street et toutes les autres Streets à les prendre au sérieux : par exemple, prendre les mesures nécessaires pour être en mesure de nationaliser la portion québécoise de la Saint-Lawrence Seaway, et au besoin de la bloquer, comme Nasser l'avait fait (avec un certain succès, si on se souvient) pour le Canal de Suez.

Pas besoin d'avoir étudié dans les grandes écoles de Londres ou de Paris (comme messieurs Parizeau ou Landry) pour comprendre ça. René Lévesque et ses joyeux troubadours voulaient nous faire croire qu'ils étaient les Nasser de l'Amérique du Nord : en effet, la Saint-Lawrence Seaway et les barrages québécois se comparent avantageusement à ceux du Nil quant aux dommages qu'ils ont causés. Au moins, à Assouan, on a quand même sauvé un semblant de vestiges historiques, tandis qu'ici …

Le « mouvement réel »

Il y a quelques années, le professeur Desmond Morton nous rappelait la question posée par certains des assistants de Lord Durham à propos des origines des rébellions de 1836-1837 : « Would the Canadian oligarchies have driven people to rebellion […] if their arrogance was not backed by a British garrison ? ». Les oligarques québécois de 1969-1970, les Drapeau, les Bourassa et autres Jérôme Choquette ont agi exactement comme le Family Compact et la « Clique du Château » du siècle précédent : ils ont poussé, par leur inflexibilité et leur arrogance, un nombre considérable de gens à la révolte. Cette fois, la Gendarmerie royale du Canada et l'armée canadienne avaient pris la relève de la garnison britannique et protégeaient les arrières des potentats locaux… tout en les « pompant » à grand renfort de « rapports confidentiels » sur des complots appréhendés souvent ourdis par leurs propres informateurs et provocateurs…

Le Québec de 1970 tentait, de peine et de misère, de sortir de la dynamique décrite par le Frère Untel quelques années auparavant, celle d'une « autorité crispée et monolithique, qui croit ne pouvoir céder sur un point sans risquer de crouler tout entière. » Autrement dit, tout comme en 1837-38, les « conditions objectives » étaient réunies pour de beaux dégâts. Mais cette fois-ci, le Bas-Canada se retrouverait isolé dans la bataille, contrairement à ce qui s'était produit à l'époque de Louis-Joseph Papineau et de William Lyon Mackenzie, alors que la révolte avait secoué à la fois le Haut et le Bas Canada.

Le Canada : un bonhomme sept heures

Le Canada est un pays fondé sur la peur. Comme Desmond Morton le rappelle, à la conférence de Charlottetown, « every problem was linked to the fear of war and invasion ». La peur, notamment des Fenians, allait demeurer le ciment de la confédération canadienne longtemps après 1867 : « … the Fenians […] united the country as nothing else could. […] For a couple of generations, Fenians became the handiest bogey for any Canadian politician faced with unrest or disaffection. »

Après les Fenians vinrent les anarchistes, après les anarchistes, les communistes et ainsi de suite. Un siècle après la Confédération, c'était au tour des « séparatistes » de jouer les épouvantails pour le plus grand profit des pères fondateurs (et des mères fondatrices) du Canada multiculturel d'aujourd'hui.